Nouvelle Continue: Les menteuses part.2

« Signore, signori… »

Il fut un temps où Antonella arrivait à l’aéroport tout autrement.

À Olbia, le bâtiment n’était pas gigantesque mais son apparence avait su peu à peu s’adapter à celle de ses usagers, chaque fois un peu plus riches, chaque fois un peu plus étrangers.

Autrefois elle se dirigeait dans la section consacrée aux arrivants, récupérait ses bagages, arrivant de Sienne ou de Paris. Elle finissait à l’espace d’accueil où elle apercevait son chauffeur, quand elle remarquait qu’une petite tignasse brune dépassait de la barrière. L’enfant cachée gigotait timidement surgir devant sa mère. « Bouh ! »

Quelques rires émanaient des passagers face à ce spectacle attendrissant. Antonella s’empressait toujours d’en jouer le rôle principal. Elle lançait de grandes hyperboles et quelques gestes amples et travaillés.

Quel amour cet enfant ! Quelle surprise ! Che meraviglia !

Dessin Calypso aéroportEn réalité, la beauté de cette gamine attirait une attention que la mère peinait à recouvrer. Blanche-neige, Brune et pourtant si pâle, les nourrices qui s’enchaînaient successivement la repassaient à chaque instant de crèmes protectrices qu’Antonella achetait en France, rares comme du pétrole.

Ces retrouvailles savamment orchestrées n’étaient pas sans déplaire à Antonella. Aussi mettait-elle beaucoup de zèle dans ce genre de mascarade.

Machinalement, la petite prenait ensuite la main de sa mère, se laissant guider vers la boutique de l’aéroport où l’attendait son prochain jouet. Antonella était généreuse quand la démonstration était réussie.

Ce temps-là où sa fille se prêtait encore aux fusions d’un amour filial était révolu. Aujourd’hui en arrivant à Olbia et dans la voiture qui la menait vers leur villa, Antonella savait bien que sa fille ne se souciait même plus de ses allées et venues. Sans doute était-elle en train de dormir à l’heure qu’il est, dans cette chambre adorable aux voilages délicats parfumés par l’enfance.

Elle demanda au chauffeur des nouvelles de celle-ci. Bianca n’avait pas répondu aux appels.

« C’est comme ça la vie. » soupira-t-elle avec un air philosophique.

Une vie rondement menée, elle s’en était toujours bien sortie. Sans arriver à l’admettre elle le devait à sa mère et à son mariage avec le milliardiare. Antonella l’appela « mon père », chez le notaire elle obtint tout, de toute façon.

C’est ainsi que commença l’un des jeux les plus excitants de sa vie. Il avait lieu dans les dîners, les clubs, les soirées mondaines. Il s’exerçait par des coups très précis ; par l’intermédiaire de robes magnifiques, de celles qui savent se faire ou se défaire au bon moment.

Mois après mois, Jesús, le chauffeur, regardait ce téléphone sonner dans le vide, vibrer au bruit des sanglots désespérés des hommes. Ce son obsédant rappelait au domestique les fantômes de ces personnages qui espéraient au moins hanter le lit de sa maîtresse. Il croyait devenir fou avec eux à mesure qu’il percevait les recours de toutes ces voix condamnées à rester inaudibles. Antonella, passait et repassait, évasive, devant l’appareil. Elle avait oublié son existence. Elle était la cruelle qu’on chante dans les chansons. A la suite de longues réflexions, balançant entre un duc prétentieux et un employé de banque qui grimpait rapidement à Monte dei Paschi, elle fit le meilleur choix en élisant Emilio -le père de Bianca. C’est vrai qu’un banquier ce n’est pas très drôle, mais ça mange gras comme un prince. Elle les adorent, si puissants, pleins de manières, de stress et d’avidité. C’était, elle en restait persuadée, un bon pari.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s