« Les amoureux qui se bécotent … pas ! »

Les bergers et les bergères ont quitté nos tables de chevet depuis quelques décennies, et pourtant ils ont été les héros et les héroïnes chéris de nos ancêtres ! Ah ! Pastorale, quand tu nous tiens… Je vais vous raconter l’histoire du jeune Aminte, éperdument amoureux de la belle et cruelle Silvia…

French-kiss_1280.jpgLa scène se déroule en Italie (terre du Tasse qui a écrit cette pièce de théâtre pastorale, au XVIe siècle) à Ferrare. Daphné, une jolie bergère fort aimable, ne comprend pas pourquoi sa meilleure amie joue la pimbêche avec tous les gars du village qui lui tournent autour ! Silvia lui rétorque qu’elle est insensible à l’amour et que bécoter des jeunes hommes à l’ombre d’un chêne ne l’intéresse guère. Pendant ce temps, de l’autre côté du bois, le pauvre Aminte déverse toutes les larmes de son corps sur son ami Tyrsis. Après ça, Daphné et Tyrsis se rejoignent : ils élaborent un plan pour que Silvia et Aminte puisse se parler : les deux gaillards devront se rendre là où Silvia prend son bain (sympa de la part de Daphné d’indiquer ça ! et le consentement alors ?).

Entre temps on voit le père de Silvia, Montan, se plaindre du caractère de sa fille, et il dit alors une phrase à propos d’Aminte que je trouve très belle :

Et que ce pauvre amant du ruisseau de ses pleurs

Pour émouvoir ma fille à fait naître des fleurs

On voit aussi le Satyre apparaître : ce personnage monstrueux veut se venger, parce que Silvia l’a humilié en rejetant ouvertement ses avances…

Boucher_pastorale.jpgLes deux compères se réunissent à nouveau, et Tyrsis propose alors à Aminte d’aller voir Silvia prendre son bain. Aminte est #choquéetdéçu par cette idée, mais bon, comme Tyrsis insiste, en lui disant qu’en gros c’est elle qui en avait eu l’idée, et qu’elle en aurait parlé à Daphné, Aminte cède… Pendant ce temps, les deux donzelles se préparent à se baigner dans la rivière, et elles discutaillent d’amour. La jeune rebelle dédaigne totalement Aminte et les autres êtres hirsutes qui la couvrent de lettres d’amour :

Chasse de ton esprit cet ennuyeux souci

Sans craindre que jamais ni lui (Aminte) ni tous les hommes,

Qui vivent dans l’enclos de la terre où nous sommes,

Se vante quelque jour en se moquant de moi,

Qu’ils m’ont su captiver sous l’amoureuse loi.

Et Daphné lui répond : « Respirer sans aimer ce n’est pas savoir vivre. » ! </3

CHAMONARD-Images-img005.jpgET LA, ni une ni deux, le Satyre leur fonce dessus, et enlève Silvia ! Si elle ne veut pas de lui, il la prendra de force ! (« Le viol, c’est quand on veut pas… mais moi je voulais ! » aurait dit Coluche pour sa défense). Daphné crie au secours ! Aminte et Tyrsis surgissent, ils blessent le Satyre, il s’enfuit, et ils délivrent Silvia… Toujours hautaine, celle-ci ne daigne même pas les remercier, et comme elle  n’a pas de meilleure idée elle part en courant. Alors Daphné et Tyrsis lui courent après pour la rattraper, mais en vain… Daphné essaie de consoler le pauvre Aminte en lui disant que Silvia était honteuse, quand tout à coup une autre donzelle du village arrive leur annoncer une triste nouvelle, avec dans la main « le voile sanglant de Silvia » : elle est morte ! Elle l’a vue au loin se faire courser par un loup… Aminte s’évanouit sur le champ ! Il reprend ses esprits grâce aux deux jeunettes et il annonce qu’il va se suicider :

« Sus donc je m’en vais devant la rive sombre/ Par un coup généreux te rejoindre cher ombre. »

Effrayée à l’idée de voir ce beau berger perdre la vie, elles se précipitent au village pour aller chercher de l’aide. Lorsqu’elles arrivent enfin, qu’elle n’est pas leur surprise quand elles voient… Silvia ! Elle n’est pas morte : elle a pu réchapper au loup grâce à la carcasse d’un doux taureau. Lorsque Daphné apprend à son amie qu’Aminte est peut-être mort, son cœur se délie, et la belle Silvia ose enfin dire : « Il doit vivre, Daphné, puisque je suis en vie », tout en se repentant de sa cruauté. Mais il est trop tard, Aminte a déjà sauté de la falaise… Ils sont tous dans un affreux état, et se rendent sur le lieu du crime.

7-shepherd-lovers-Francois-Boucher.jpg

Mais ô bonheur ! Aminte respire encore, d’autres bergers l’ont retrouvé sur la rive. Silvia se précipite sur lui, il se réveille, lui demande si elle veut l’épouser, elle dit oui après l’accord de son père, et ils s’embrassent ! Les amoureux enfin se bécotent, sur un lit de fleurs bucolique…

 

En fait, la Pastorale c’est un peu l’équivalent de Plus belle la vie, mais à la campagne… 😉

ERIZA

Pour aller plus loin:
- L'Aminte du Tasse
- Peintures de François Boucher

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