George Sand socialiste!

Si George Sand est principalement connue pour ses ébats amoureux avec Musset, puis avec Chopin, on oublie trop souvent la richesse de ses œuvres, et la réflexion qu’elle y développe sur la société, sur la condition des femmes, et sur le peuple et… c’est de ça qu’on va parler aujourd’hui !

Dans son « roman dialogué » intitulé Gabriel, un personnage dit : « Je ne pourrais te voir opprimée sans me révolter ouvertement. », et c’est bien le genre de phrase que la grande George Sand pourrait prononcer ! Sa plume devient la porte parole des opprimés, et elle veut faire entendre la voix du peuple et des femmes, coûte que coûte. Beaucoup de personnes la rangent du côté des Romantiques, parce qu’elle commence à écrire dans la première moitié du XIXe siècle, mais en réalité ses écrits penchent plutôt du côté du réalisme. Les héros et les héroïnes ne sont pas forcément des bourgeois, ni des aristocrates, comme dans son premier roman, Indiana. Ils sont très souvent issus du peuple, et ils le revendiquent haut et fort !

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C’est le cas de la jeune et gentille Nanon, une petite bergère du fin fond du Berry, qui déclare :

« Je veux rester paysanne. J’ai mon orgueil de race aussi, moi ! […]  Je la trouve bonne, moi, ma naissance ! Mes parents étaient honnêtes. Ma mère fût pleine de cœur et de courage, tout le monde me l’a dit ; mon grand-oncle était un saint homme. De père en fils et de mère en fille, nous avons travaillé de toutes nos forces et n’avons fait de tort à personne. Il n’y a pas de quoi rougir. ».

En plus, elle a vraiment de quoi s’enorgueillir, parce que cette petite Nanon est tout simplement badass! Elle apprend à lire et à écrire, elle s’intéresse à la Politique et à la Révolution dès son adolescence, alors que c’est une pauvre orpheline bergère qui n’est jamais allée au-delà des vallées qui entourent son village. Quand son amoureux est fait prisonnier injustement, elle fait tout pour le sauver, et elle se déguise même en homme ! Elle met de l’amour dans tout ce qu’elle fait, mais cela ne l’empêche pas d’agir stratégiquement et de penser à l’avenir… Bref c’est une femme du peuple, forte et résolue que George Sand présente dans le roman qui porte son prénom !

Si la cause du peuple est aussi chère à George Sand, c’est parce qu’elle en vient ! Son père vient peut-être d’une famille aristocratique, mais sa mère est une femme du peuple. Elle vit dans un entre-deux, et même si grâce à sa grand-mère mère paternelle elle a pu acquérir une culture incroyable, elle choisit vite son camp. L’historienne Michelle Perrot dit de cet écartèlement social que George Sand savoure le pot-au-feu rustique plus que les sucreries dont se régalent les « vieilles comtesses » des réceptions de sa grand-mère. « Je suis chez nous, dit-elle. Là-bas, je suis chez ma bonne maman. »

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George Sand interprétée par Juliette Binoche dans Les enfants du siècle, film de Diane Kurys

Il faut aussi dire que George Sand ne défend pas le peuple « par hasard », mais parce qu’elle a construit une véritable pensée politique au fur et à mesure des années ! Elle a rencontré Pierre Leroux dans les années 1840 – un penseur politique socialiste de son temps -, et il l’a beaucoup inspirée. Ce cher Pierre veut écrire « pour les esclaves contre les maîtres, pour les faibles contre les forts, pour les pauvres contre les riches, pour tout ce qui souffre sur la terre contre tout ce qui, profitant de l’inégalité actuelle, abuse des dons du Créateur. », et George Sand va faire la même chose…

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Comme l’écrit Michelle Perrot, « elle aspire désormais à produire un art plus utile qui « provoque l’émotion » et « ébranle les cœurs », analyse les conflits sociaux et contribue ainsi à l’éducation des « masses », qui ont « l’instinct du vrai et du juste », mais pas encore la conscience ». Elle a aussi écrit et publié un journal avec Louis Viardot qui s’intitule « La cause du peuple »: tout est dans le titre!

Et oui! George Sand est bien plus intéressante quand on met de côté ses amours (qui d’ailleurs n’étaient pas des aventures, mais des amours vrais et sincères) pour s’intéresser à la dimension politique de ses œuvres! Nanon se lit très bien, et c’est assez court, mais pour les grands lecteurs je conseille aussi Consuelo. Bonne lecture!

ERIZA

Pour aller plus loin:
- Michelle PERROT, Les femmes ou le silence de l'Histoire, Paris, Flammarion, 1998
- George SAND, Nanon, préface, édition établie par Nicole Savy, Paris, Actes Sud, coll. Babel, 2005
- George SAND, Consuelo, premier volume, éd. L. Cellier et L. Guichard, Paris, Gallimard, coll. Folio Classique, 2004

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