Syngué Sabour, Pierre de Patience

Syngué sabour, Pierre de patience, écrit par Atiq Rahimi, raconte la vie d’une femme afghane qui a été soumise tout au long de sa vie : soumise à son mari, soumise à l’autorité, soumise à la religion. Tout l’empêche de s’exprimer, et lui ôte sa liberté. Elle s’est mariée jeune, et a vécu aux côtés de son mari pendant dix ans, sans vraiment le connaître. Il était à la guerre pendant plusieurs années, avant de rentrer blessé, et de sombrer dans le coma. C’est à partir de ce moment que l’émancipation de la jeune femme commence…

Elle commence à lui parler, à lui exprimer sa colère, ses peines, ses souffrances, sans masque : il est devenu sa « pierre de patience ». On voit en arrière plan ses deux petites filles aller et venir dans la maison silencieuse, mais la chambre conjugale reste la scène principale.

Contrairement à sa femme, l’homme est immobile et inconscient, à l’image de sa photo accrochée sur un mur de la chambre. C’est un personnage statique dans l’histoire, et par extension, dans la société. Dans ce microcosme familial, les rôles sociaux s’inversent donc, le temps de l’histoire.

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Atiq Rahimi, Syngué Sabour

Avant qu’elle ait ramassé son voile, ces mots surgissent : « Syngué sabour !». elle sursaute, « voilà le nom de cette pierre : Syngué sabour, pierre de patience! la pierre magique ! », s’accroupit auprès de l´homme. « Oui, toi, tu est ma Syngué sabour ! ». Elle effleure son visage délicatement, comme si elle touchait réellement une pierre précieuse. «  Je vais tout te dire, ma Syngué sabour, tout. Jusqu’à ce que je me délivre de mes souffrances, de mes malheurs, jusqu’à ce que toi, tu… » Le reste, elle le tait. Laisse l’homme l´imaginer.

Elle quitte la chambre, le couloir, la maison…

(…)Elle s’agenouille, le fixe de plus près. « Je ne te laisserai pas ! J´ai besoin de toi maintenant, ma Syngué sabour ! » Elle va vers la port, «  je vais préparer le sous-sol », et sort de la chambre.

 

Atiq Rahimi, Syngué Sabour, 2008, p.82

En Persan « Syngué Sabour » est une pierre noire magique, une pierre de patience, que certains associent à la Mecque, autour de laquelle les pèlerins tournent en faisant leurs prières. Dans l’œuvre la femme parle à son mari, qu’elle associe à cette pierre, et lui confie toute la détresse qu’elle n’a jamais osé confesser à personne. L’auteur a exploité le thème de la condition féminine en Afghanistan à partir de ce symbole. Il reste flou et imprécis dans la description de ses personnages mais il joue sur le rythme circulaire qui est crée autour de cette pierre.

Dans le livre, l’auteur adopte une écriture en apparence lisse et neutre, et a recours à de nombreuses descriptions très précises. Elles donnent la même impression que si c’étaient des mouvements de caméra en gros plan, guidant ainsi le regard du lecteur, le laissant se concentrer sur certains détails, et l’empêchant de voir ce qui se trouve dans le hors-champs. Atiq Rahimi a eu un doctorat en communication visuelle, et il a mis à l’écran ce magnifique livre. Je te conseille tout de même de lire cette oeuvre, ne serait-ce que pour ressentir ces mouvements descriptifs, et la tension qu’ils présentent, pour vivre au rythme de l’héroïne pendant quelques petites heures, pour saisir tous les enjeux présentés par ce petit bijou littéraire…

ERIZA

Pour aller plus loin:

-« Syngué sabour”, un hymne à la liberté et à l’amour d’Atiq Rahimi »

Syngué Sabour, le film

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