Monk, Sherlock, Dr. House et Doctor Who: Ces héros « fous » qui mènent l’enquête…

Ils enquêtent tous à leur façon et dans leur domaine, avec leurs manies et leurs gestes furtifs mais leurs yeux de lynx les rapprochent…

Tout d’abord, ils résolvent toutes leurs affaires[1], là où les autres échouent, et ils réussissent à sauver des gens. Monk et Sherlock ne sont pas policiers, mais la Police ou le gouvernement a recours à leurs « services » parce qu’ils surpassent de loin leurs collègues. Dr House, lui, devance ses collègues médecins et finit toujours par établir un diagnostic juste, et donc par soigner les patients. Doctor Who[2] mène aussi l’enquête : il se rend dans un lieu de façon imprévue la plupart du temps, y décèle des failles, remarque ce qui ne va pas, et fait tout pour résoudre la situation, protégeant ainsi les habitants du lieu de forces extraterrestres – la plupart du temps.

Leur décalage avec les autres personnages est également remarquable. Ils sont tous plus ou moins excentriques, décalés, bizarres, farfelus : en somme ils « attirent l’attention » par leurs comportements et leurs réflexions. Toutes les manies de Monk, ses phobies, ses tocs, ses gestes, ses attitudes le rendent particulièrement singulier, et à cause de cela il est souvent moqué au début de l’épisode, sa parole est délégitimé par les gens qui ne le connaissent pas. Sherlock quant à lui brille par sa froideur, ses calculs, ses analyses tranchantes et glacées, son manque de tact mais, même s’il est parfois insupportable, on l’adore. Dr House est plus cynique, froid, moqueur, il ose défier l’autorité en imposant son habit distinctif, ses théories, et sa répartie imparable. Enfin, Docteur Who est complètement loufoque, par son style, par ses attitudes, par ses paroles qui misent bout à bout semblent n’avoir aucun sens, par son humour décalé, ce qui est amplifié par les mondes dans lesquels il évolue.

Ils sont aussi souvent accompagnés, aidés par une personne qu’ils choisissent. Sharona puis Natalie aident Monk, socialement, physiquement, mais aussi dans la résolution des enquêtes où leur présence se révèle précieuse. John Watson est choisi par Sherlock dans le premier épisode, et même s’il est toujours moqué par son acolyte, il démontre à de nombreuses reprises ses capacités et son courage. Rose, Donna, Amy, Clara et Bill ont été choisies par le  Docteur, et elles ne se contentent pas d’être de belles potiches, mais sont très souvent tout autant lucides et efficaces dans la résolution de l’intrigue que ne l’est le docteur. Dr House fait presque exception puisqu’il n’est pas « accompagné » d’une personne mais de quatre médecins.

Revenons aux raisons pour lesquelles ils réussissent à résoudre leurs enquêtes : y arrivent-ils parce qu’ils sont bizarres ? Ou bien parce qu’ils regardent différemment ? Les deux semblent bien aller de pair. En comparant tous ces héros, on voit bien que leur décalage avec le monde dans lequel ils évoluent leur permet d’être plus lucides que les autres. Une des définitions de la folie rejoint cette hypothèse : « Conduite, comportement qui s’écarte de ce qui serait raisonnable aux regards des normes sociales et qui est considéré comme l’expression d’un trouble de l’esprit et/ou d’un manque de sens moral, de bon sens ou de prudence. »[3]. Monk, Sherlock, et les deux docteurs seraient donc quelque part un peu « fous », ou au moins en décalage avec « les normes », comme le montrent leur comportement, leur difficulté à être « délicats » avec les gens qui les entourent, ou encore leur sens de la manipulation.

Si on pousse la réflexion plus loin, il semble alors évident que s’ils arrivent à percer les mystères qu’ils affrontent c’est grâce à ce décalage, comme si celui-ci leur permettait d’être plus lucides que leurs acolytes, que leurs collègues. Le « fou » a donc un regard différent – si ce n’est supérieur – une certaine lucidité, une capacité à regrouper des éléments éloignés et à les analyser, une façon de voir le monde comme s’il était un immense puzzle. Ces capacités sont particulièrement bien représentées dans l’épisode de Sherlock « Les chiens de Baskerville »[4]lorsque Sherlock s’enferme dans son palais mental, et y sélectionne minutieusement toutes les informations qu’il a à sa disposition afin de résoudre le problème, de façon quasi scientifique. Folie et lucidité sont-elles donc indissociables ? Le décalage avec le monde permet-il d’avoir un regard biaisé et clairvoyant ? À travers l’exemple de ces (anti-)héros il semblerait que oui. Et comme écrivait Michel Foucault dans son Histoire de la Folie : « La folie n’a pas tellement affaire à la vérité et au monde, qu’à l’homme et la vérité de lui-même qu’il sait percevoir ».

ERIZA

[1] Au sein de l’unité constituée par un épisode. En effet, si on s’en tient au tout, constitué par la série, les « enquêteurs » ont plus de mal à résoudre la grande enquête de leur vie. Ex : Qui a tué la femme de Monk, comment et pourquoi ?

[2] Nous ne parlerons dans cet article que de la deuxième série, qui a débuté en 2005.

[3] http://www.cnrtl.fr/definition/folie

[4] Saison 2 épisode 2, 2012

Pour aller plus loin:
- Michel FOUCAULT, Histoire de la folie,Gallimard, 1976
D'autres personnages lucides et décalés:
- Le vieux fou dans Adama (dessin animé de Simon Rouby,Naïa Productions, Pipangaï Productions, 2015)
- Patrick Jane dans The Mentalist (série policière de Bruno Heller, CBS, 2008-2015)
- L'enquêteur Rust Cohle dans True Detective (série policière de Nic Pizzolato, HBO, 2014)

 

 

 

2 commentaires sur « Monk, Sherlock, Dr. House et Doctor Who: Ces héros « fous » qui mènent l’enquête… »

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