« Life in plastic, it’s [NOT] fantastic! »

En me promenant dans les rues marchandes de ***, au mois de juillet, j’ai été happée par l’éclat des panneaux indiquant les SOLDES à chaque mètre que je parcourais et, tel un papillon de nuit attiré par la lumière d’un lampadaire, je me suis laissée guider vers les vitrines alléchantes de belles promesses…

En observant de plus près, et sans forcément céder à la tentation des « -70% !!! », j’ai remarqué un fait bien étrange… Les mannequins des vitrines ! « Ils ne sont là que pour présenter la dernière collection », me direz-vous. Quelle innocence ! Si l’on regarde plus attentivement ces « simples » mannequins, on peut s’apercevoir qu’ils sont chargés de sens. Il était déjà évident à mes yeux que ces morceaux de plastique faisaient partie de ces choses qui créent en nous « l’angoisse du bourrelet », ou encore « le mal-être des courbes généreuses », puisqu’ils représentent des corps irréels, faux, et non représentatifs de la diversité des corps de femme présents dans la nature (et oui, tout le monde ne fait pas du 34 en mesurant 1m70 !).

Ce point là est assez dérangeant, et je pense qu’il mérite d’être soulevé au même titre que les corps présentés dans les publicités, comme dans la scandaleuse affiche que Victoria’s secret avait sortie en 2014. Même si la grande marque de lingerie a pris sur elle pour changer de slogan (« The perfect body » est devenu « A body for every body »), les corps présents sur l’affiche sont retouchés, amincis, et les mannequins choisis sont tous très minces (et peu « bronzés »). C’est pour dénoncer cela  que des « fausses » affiches ont vu le jour.

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Huffington Post, 2014

Mais revenons à nos fantastiques mannequins en plastique ! Au-delà de leur silhouette, leur posture est également choquante. Ceux qui sont « basiques », que l’on voit chez H&M, Stradivarius, les galeries Lafayettes etc., ont les épaules tellement placées en arrière et le bassin tellement mis en avant que… la position en est physiquement intenable, à tel point qu’elle défie la gravité ! (Ce qui aurait par ailleurs fasciné ce cher Newton !) Ajoutez à cela des talons surélevés, et essayez de marcher, ou au moins de vous tenir dans cette position, et vous vous rendrez rapidement compte qu’elle n’est ni élégante, ni confortable.

La démarche pittoresque qui en résulte est peut-être amusante, mais cette position met surtout en scène la faiblesse. Comme l’a montré la mise en pratique, dans cette situation la femme est instable sur ses talons, et tout le poids de la gravité pèse sur ses jambes, ses hanches, son dos, sa nuque. En retournant dans les rues avec ces idées en tête, j’ai observé les autres types de mannequins féminins et, à ma grande déception, ils montraient aussi une femme faible, douce, sensuelle. Les gestes des bras élégants, caressant l’air de façon candide, ou encore les jambes molles, sans muscles, tournées délicatement l’une vers l’autre, les yeux baissés, la bouche faisant une moue sensuelle… tous les mannequins incarnaient la faiblesse et la soumission. Si leurs postures m’ont choquées, c’est parce que le décalage avec leurs homologues masculins était immense. Les mannequins hommes sont droits dans leurs bottes, musclés, élancés, leurs regards sont fixes et portent au loin, le menton est fier, les muscles sont saillants, la poitrine est gonflée : ils reflètent l’assurance, la maîtrise de soi, et surtout la force.

En comparant les mannequins masculins et féminins il apparaît clairement que leurs créateurs imposent une image des corps, et s’inscrivent dans une représentation acceptée et revendiquée par la société dans laquelle les consommateurs évoluent. Que faire face à cela si l’on n’est pas d’accord avec ces représentations ? En nous promenant dans les rues de nos villes nous ne pourrons pas éviter tous les mannequins, nous ne pourrons pas empêcher tout le monde de les voir, mais nous pourrons pointer du doigt leur absurdité, le ridicule de leurs postures, en partageant cet article, en observant ce qui nous entoure avec un regard critique, et surtout en arrêtant de considérer ces mannequins comme des canons de beauté. Le plus important reste de s’intéresser à l’histoire des corps, parce qu’ainsi on se rend compte que beaucoup de choses, que nous considérons comme inhérentes aux hommes ou aux femmes, ne sont qu’acquises.

ERIZA

Pour aller plus loin:

- Philippe PERROT, Le corps féminin, le travail des apparences XVIIIè-XIXè siècle, Paris, Le seuil, 1991

- Anne-Marie SOHN, “Sois un homme!” La construction de la masculinité au XIXe siècle, Paris, Seuil, 2009

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